jeudi 12 novembre 2015

La naissance de Peter Pan, les jardins de Kensington



Avant d'oublier : je serai ce weekend (14 et 15 novembre) au Salon du Livre jeunesse de Dijon. Le salon Crocmillivre à la salle de la Coupole. Si vous êtes dans le coin, et que vous voulez une petite dédicace, n'hésitez pas !






Je vous parle maintenant une dernière fois de mes recherches autour du texte Peter Pan.
Avant la pièce de théâtre et le roman consacré à ce personnage, James Matthew Barrie a écrit un roman THE LITTLE WHITE BIRD or Adventures in Kensington Garden ( Le petit oiseau blanc). 
Écrit en 1902, ce texte présente pour la première fois Peter Pan. On y découvre la genèse du personnage qui deviendra si célèbre. L'histoire de Peter Pan, dans ce roman, ne représente qu'une petite partie : cinq chapitres au milieu de l'histoire du Petit Oiseau Blanc. Une histoire dans l'histoire.
Elle fonctionne tellement bien seule, que ces chapitres ont été extraits du roman, et édités en 1906 sous le nom de Peter Pan in Kensington Gardens, accompagné des illustrations d'Arthur Rackham.

Si ce passage peut se lire isolé du reste, c'est dommage d'exclure les autres chapitres du roman Le petit oiseau blanc, car les personnages qu'on y découvre ont des préoccupations qui rejoignent l'univers de Peter Pan. Le rapport des adultes face au temps, à l'imaginaire, la présence d'un enfant imaginaire et d'un enfant bien réel. Il y a tout un questionnement sur l'enfantement. À force d'espionner l'enfant d'une autre, le héros s'approprie et adopte par procuration l'enfant réel de l'histoire, nommé David (comme le frère ainé décédé de Barrie). Le parallèle est évident avec l'auteur et les enfants Davies.
Ce roman est narré à la première personne, par le personnage Capitaine W, dont l'attitude d'observateur en retrait, qui vit une vie par procuration, rappelle sans conteste J.M. Barrie. Tout comme l'auteur, Capitaine W observe, comprend. Il déambule aussi dans les jardins de Kensington avec son grand chien Terre-Neuve qui a le même nom que le chien de l'auteur, Porthos. Ce texte nous fait pénétrer dans la tête de Capitaine W, (et donc un peu dans la tête de l'auteur). Il est construit de manière assez décousue, étrange. On suit les raisonnements solitaires du narrateur, ses combines, ses divagations. En ça, il m'a fait penser à deux romans de Romain Gary, qu'il a écrit sous le pseudonyme d’Émile Ajar, Gros Câlin et Pseudo.  Le pseudonyme permettait à Romain Gary une plus grande liberté de style, une maladresse volontaire, une construction décousue. Barrie se permet les mêmes libertés dans Le petit Oiseau Blanc
L'auteur dit avoir construit ce roman comme un journal, en improvisant le fil du récit.
Comme l'histoire "est une mise en abyme permanente de la vie de Barrie" ( citation Céline-Albin Faivre) quand on arrive à l’histoire de Peter Pan, on a l'impression d'assister à l'invention même du personnage. Le contexte nous fait comprendre comment une telle idée a pu germer dans l'esprit de l'auteur, comment il en est arrivé là. C'est assez fascinant d'avoir accès à la genèse d'un tel personnage.

Je vous raconte ci-dessous les grandes lignes de la naissance de Peter Pan, en citant de larges extraits. Mais si vous préférez avoir la version intégrale, je ne peux que vous conseiller la traduction de Céline-Albin Faivre éditée chez Terre de Brume, cliquez par ici : Le Petit oiseau Blanc.

[...] Bien sûr cela prouve également que Peter est plutôt vieux, mais en vérité il a toujours le même âge, et cela n'a finalement aucune espèce d'importance. Il est âgé d'une semaine et, bien qu'il soit né il y a fort longtemps, il n'a jamais eu d'anniversaire; il n'a pas la plus petite chance d'en avoir jamais un. En voici la raison : il s'est échappé à l'âge de sept jours, avant d'être tout à fait humain; il s'est enfui par la fenêtre est s'est envolé jusqu'aux Jardin de Kensington."

Le narrateur Capitaine W explique alors que tous les enfants, avant d'être humains, étaient des oiseaux. Et que les bébés ont tous inconsciemment "le désir primitif de retrouver la cime des arbres". On a ensuite un paragraphe que je trouve assez fascinant, où le narrateur explique l'histoire en même temps qu'il explique la naissance de l'histoire. Pour mieux le comprendre, je rappelle que le narrateur garde un jeune enfant (David) qui n'est pas le sien :

"[...] ils [ les bébés] ont tous été des oiseaux avant de devenir des humains, ils sont donc naturellement encore un peu sauvages pendant leurs premières semaines, et leurs épaules sont très chatouilleuses, car c'est à cet endroit que se trouvaient leurs ailes. C'est en tout cas ce que m'apprend David.
Je dois vous expliquer comment nous procédons lorsque nous inventons une histoire : d'abord, je la lui raconte; puis il me la raconte à nouveau et il faut simplement comprendre qu'il ne s'agit plus, dès lors, de la même histoire; ensuite, je la lui raconte une nouvelle fois, mais augmentée de ses ajouts, et ainsi de suite, jusqu'à ce que personne ne puisse plus dire si c'est davantage son histoire ou la mienne. Par exemple, en ce qui concerne cette histoire, celle de Peter Pan, la trame narrative et la plupart des aspects moraux viennent de moi, mais pas tous, car ce petit garçon peut s'avérer être un farouche moraliste; mais les passages intéressants au sujet des us et coutumes des bébés dans leur premier âge sont pour la plupart des réminiscences de David, après qu'il a fait un violent effort de mémoire en pressant ses tempes entre ses mains."

Ça rejoint ce que je disais déjà dans mon précédent billet, Barrie a déclaré à plusieurs reprises que ce n'était pas vraiment lui qui avait écrit Peter Pan, mais les enfants Davies.

"Ainsi, Peter Pan s'enfuit par la fenêtre, qui était dépourvue de barreaux. Perché sur le rebord, il apercevait au lointain les arbres - sans doute ceux de Kensington; à l'instant où il les vit, il oublia tout à fait qu'il était désormais un petit garçon vêtu d'une chemise de nuit, et il s'envola au loin, par-dessus les maisons, en direction des Jardins."

On a ensuite toute l'histoire de la vie de Peter Pan dans les jardins de Kensington. Il vit là-bas parmi les fées.
On apprendra aussi comment les oiseaux se transforment en bébé. Les jeunes couples déposent sur la rivière du parc de Kensington, "la Serpentine" un petit bateau en papier à l’intérieur duquel il est inscrit le souhait d'avoir un enfant. Le bateau dérive jusqu'à l'île des oiseaux, où il est recueillit par ces derniers. L'un d'eux se transforme pour devenir l'enfant désiré. Peter Pan habitera sur l'île ( tiens, une île..) parmi les oiseaux.

J'ai voulu faire référence à toute cette genèse dans mon album Peter Pan. Dans la première illustration, j'ai glissé des petits détails qui évoquent cette histoire. J'ai choisi donc d'illustrer les jardins de Kensington (plutôt que de dessiner directement la chambre de Wendy et ses frères) pour rendre hommage à ce lieu de création. Là d'où tout est parti.





Pour représenter les jardins de Kensington, je me suis aidée d'un dessin de 1902. Je suppose que l'auteur a demandé à un ami dessinateur de le faire d'après sa description (je n'ai pas réussi à trouver plus d'info sur ce dessin).


J'ai donc dessiné le bassin rond, les enfants (et les adultes) qui y mouillent leur bateau.
La rivière "la Serpentine", les petits bateaux en papier qui abritent le souhait des futurs parents, les oiseaux qui recueillent le message sur "The birds' island". La petite fée qui se cache en premier plan... Tous les éléments qui seront sur l'île du Jamais sont déjà présents dans cette image, l'île, les oiseaux, le gros chien Terre-Neuve qui deviendra un tigre sauvage, les enfants... et même la petite maison fabriquée qui deviendra la maison construite autour de Wendy.


Dans l'histoire de Peter Pan sur l'île du Jamais, Wendy fait une mauvaise chute à cause de la fée Clochette qui, jalouse, voulait l'éliminer. Peter et les enfants perdus décident de construire une maison autour de Wendy, évanouie au sol, afin qu'elle passe la nuit au chaud (plutôt que de la déplacer chez eux car ils ne veulent pas offenser cette dame).

Ce principe de maison construite autour d'une jeune enfant évanouie est déjà présent dans Le petit Oiseau Blanc. Une petite fille s'est cachée dans les jardins de Kensington afin de voir ce qui s'y passe la nuit. Elle arrive à se dissimuler aux yeux des gardes qui ferment les grilles du parc le soir. Seule, elle prend froid et fini par s'assoupir dans la neige. Les fées, qui profitent de la nuit pour aller et venir dans le parc, découvrent l'enfant à moitié recouverte de neige. Après délibération, la solution pour qu'elle ne meure pas de froid est trouvée : "Construisons une maison autour d'elle !" C'est donc la maison construite par les fées autour de la petite Maimie que j'ai dessinée dans le parc, à l'image de celle de Wendy.

Pour finir, voici quelques autres extraits du Petit oiseau blanc, qui m'ont aidés pour dessiner la première illustration :

"Vous devez bien vous rendre compte qu'il vous sera difficile de suivre les aventures de Peter Pan si les Jardins de Kensington ne vous sont pas familiers, comme ils le sont à présent à David. [...]
Les jardins sont limités d'un côté par une rangée sans fin d'omnibus, [...] bien des portes s'ouvrent sur les Jardins, mais c'est par celle-ci que vous y pénétrez; mais, avant cela, vous discutez avec la dame aux ballons; elle est assise dehors. Elle se tient aussi près de l'intérieur qu'elle peut s'y risquer, parce que si elle lâchait un instant son emprise des grilles, les ballons l'emporteraient dans les airs. Elle s'accroupit, car les ballons ne cessent de tirer, et son visage rougit sous leur pression et l'effort fourni afin de les retenir. Un jour, une autre dame prit sa place, parce que l'ancienne avait lâché prise et s'était envolée. David éprouvait de la compassion pour l'ancienne; mais, puisqu'elle s'était envolée, il aurait tout aussi bien aimé être témoin de cette scène."

[...]

" Des hommes lancent des bateaux sur le Bassin Rond, des bateaux si grands qu'il les apportent dans des brouettes et quelquefois dans des landaus, si bien que les bébés doivent marcher. Les bébés des Jardins qui titubent sont ceux qui ont dû marcher trop tôt parce que leur père avait besoin du landau."









mercredi 4 novembre 2015

Peter Pan en librairie







Peter Pan sort aujourd'hui en librairie.
Pour l'instant ce n'est pas la bonne couverture qui circule sur le net, et l'ouvrage est inscrit comme étant un collectif sans nom d'auteur précisé... Mais il s'agit bien de mon Peter Pan adapté par Maxime Rovère chez Milan.







"Pendant ce temps, dans l’île, 
les garçons perdus cherchaient Peter, 
les pirates cherchaient les garçons perdus, 
les Indiens cherchaient les pirates, 
et les bêtes sauvages cherchaient les Indiens. 
Ils tournaient tous en rond, mais ils ne se rencontraient jamais, car tous allaient 
au même rythme.
Faisons comme si nous étions allongés 

parmi les cannes à sucre, et regardons-les se
faufiler à la queue leu-leu. Voici les garçons perdus qui arrivent. Ils portent sur le dos la peau des ours qu’ils ont tués eux-mêmes – c’est pourquoi ils sont si ronds et si douillets que lorsqu’ils tombent, 

ils roulent."























Je travaillais pour ce livre sur une version du texte adaptée, raccourcie. Même si l'auteur a su garder l’essentiel dans cette nouvelle version, je suis allée rechercher toutes les petites indications, les informations et descriptions qui tombaient à la trappe. Pour que ces détails ne disparaissent pas complètement de l’ouvrage, j'ai amené par le dessin des informations qui n'étaient plus mentionnées à l'écrit.

Par exemple pour le passage ci-dessus, lorsqu'on découvre les habitants qui peuplent l'île du Jamais, le texte original (de la pièce de théâtre) disait que les pirates avançaient dans "la rivière prise par les glaces". La description des pirates était aussi plus longue et plus détaillée (dans le roman cette fois), j'ai essayé de replacer le maximum de ces détails savoureux concernant l'allure des brigands...

Dans la pièce de théâtre, on trouve cette note :
"Vers les arbres et le lagon, c'est l'été. Mais c'est l'hiver vers la rivière. Ce qui n'a rien d'extraordinaire, étant donné que sur l'île de Peter, on voit défiler les quatre saisons le temps de tirer un seau du puits."

Ce n'est pas mentionné dans le roman, mais comme j'aime beaucoup cette idée, j'ai joué avec les saisons, qui ne sont plus liées au temps qui passe mais aux lieux. Comme dans l'image ci-dessus et tout au long du livre.

J'aime cette idée parce qu'elle s'inspire réellement des micro-climats qui sont chose courante dans les îles. Si en Europe on associe la pluie, le chaud, le froid aux saisons, dans les îles tropicales le temps dépend plus souvent de l'endroit où on se trouve. Sur l'île de la Réunion ou à Madagascar par exemple, le temps est radicalement différent entre la côte orientale pluvieuse et humide et la côte occidentale sèche. Alors que la superficie de la Réunion n'est pas si grande, on trouvera simultanément sur le territoire un climat tropical chaud et humide avec des jungles denses, un beau temps dégagé sec et chaud ailleurs, un climat de haute montagne sur le Piton des neiges, des plaines fraîches parsemées de sapins qui m'ont fait penser aux Alpes... Je pense que J.M. Barrie s'est inspiré des nombreux récits de navigateurs qui décrivaient les îles des mers du sud pour cette description fantasque du temps. J'aime bien lorsqu'on réalise que des choses qui paraissent complètement fantastiques dans une fiction sont inspirées par une réalité toute aussi poétique dans un endroit de notre planète.

Je me suis beaucoup inspirée de la faune et la flore qu'on trouve exclusivement sur des îles.
Le contexte de l'île est fascinant, parce que le cadre isolé permet aux espèces végétales et animales de se développer de manière indépendante dans des directions surprenantes. Pour faire simple, on trouve beaucoup d'espèces endémiques surprenantes dans des îles.

À Madagascar, par exemple, il y a un oiseau qui se nomme " Eurycère de prévost " et que je trouve magnifique. Le bleu de son bec est fascinant. Le voici :





J'ai décidé de l'accueillir sur l'île de Peter...


















Un autre oiseau complètement incroyable de Madagascar, dont l'espèce s'est hélas éteinte vers 1500 :
l'oiseau-éléphant.
Il s'agit de l'oiseau le plus lourd qui n'ait jamais existé, une demi-tonne !
Un seul de leurs œufs nourrissait une famille entière...


Si vous voulez en savoir plus sur cet étrange spécimen, je vous recommande le documentaire où David Attenborough le présente. "Attenborough and the Giant Egg".


J'avais forcement envie de l'inviter sur l'île du Jamais, puisqu'il n'existe plus à Madagascar...
Peter l'aime bien, mais il se révèle un peu encombrant lorsqu'il y a une maison à construire pour Wendy...










Concernant la forme des reliefs de l'île, cette fois je ne me suis inspirée ni de la Réunion ni de Madagascar, mais de l'une des îles Samoa.



























Cette fois, ce choix n'est pas pris au hasard...
Pourquoi les îles Samoa ? Pour l'expliquer, je dois remonter à la jeunesse de James Matthew Barrie.
Enfant, l'auteur a pris goût aux histoires avec les lectures de sa mère, avec qui il entretient une relation très étroite ( il lui a même consacré un livre, Margaret Ogilvy). Elle lui fait découvrir des histoires d'aventures comme Robinson Crusoë de Daniel Defoë, mais aussi et surtout les romans de son auteur préféré, écossais lui aussi : Robert Louis Stevenson.
On peut voir de manière évidente l'influence de R.L. Stevenson sur l'univers de Peter Pan, avec la présence de l'île et bien sûr des Pirates !







J'avais dit, en parlant de Peter Pan, qu'il était impressionnant de voir qu'un tel personnage mythique soit né de l'imagination d'un seul homme, Barrie. On peut dire la même chose concernant le génie de Stevenson. Si les pirates existent bel et bien, c'est ce dernier qui crée de toute pièce l'image symbolique qu'on en a, avec une jambe de bois et le perroquet sur l'épaule. Le principe même du trésor enterré, de l'île qui le cache, et de la carte au trésor pour le retrouver, tout est inventé par Stevenson dans son roman  L'île au trésor et ce seul texte nous a donné l'archétype du pirate tel qu'on l'imagine. Hé non, les pirates n'enterraient pas leur trésor... Ils le dépensaient rapidement en boissons et prostituées sur l'île d'Hispaniola, pour parler de ceux des Caraïbes ( c'est surtout ces pirates qui ont inspiré L'île au Trésor et Peter Pan). Stevenson s'est lui même inspiré de ces lectures d'enfant, d'auteurs de récits d'aventures en mer, comme Washington Irving, James Fenimore Cooper, Daniel Defoë, Tobias George Smollett. À une époque où pourtant ce genre de récits d'aventures n'est plus du tout à la mode.

Intéressant de voir comme deux Écossais, nés dans un cadre nordique, froid et pluvieux, arrivent à faire passer dans leur texte l'attrait des îles tropicales, du grand large... C'est beau quand le manque et le désir d'évasion créent les récits les plus fabuleux.

Les romans de Stevenson influencent donc profondément Barrie. Et ce qui est beau dans cette histoire, c'est que Stevenson a lu et adoré Peter Pan, et a écrit à Barrie pour le lui dire.
Dans sa lettre, Stevenson invite Barrie a lui rendre visite dans son refuge, l'île Vailima, l'une des îles Samoa. Pour lui donner l'adresse, il indique l'île ainsi : « Vous prenez le bateau à San Francisco, après cela, le premier tournant à gauche… »
 Sachant que l'île se situe à l'autre bout du pacifique, un peu plus au sud... Cette formule est très proche de celle qu'utilise Peter pour donner l'adresse de l'île du Jamais : " La deuxième à droite, puis tout droit jusqu'à l'aube."


Bref, j'ai voulu faire l'île du Jamais à l'image d'une île des Samoa pour rappeler la référence à Stevenson. J'ai aussi dessiné les sirènes du lagon à l'image des habitantes des îles Samoa, photographiées la même année que la naissance de Peter Pan : 1904.




Pour la lagune, je me suis inspirée de celles de la Nouvelle Calédonie, par pure chauvinisme. Une amie de là-bas m'a gentiment envoyé les photos de ses lagunes préférés. Merci Julie !


Et pour finir je voudrais vous parler d'un roman et d'un film, qui ont pour point commun de se situer sur les îles des mers du sud ( ancienne appellation du pacifique, ancien terme tellement chargé en rêves d'aventures !) Pour rester dans l'ambiance et prolonger le plaisir de l'exotisme...


Le livre : " Contes des mers du Sud " de Jack London ( 1911)
On connait cet auteur génialissime pour ses textes qui décrivent la vie dans le grand nord américain, mais il a écrit aussi plusieurs histoires qui ont pour cadre les îles du pacifique. Plusieurs nouvelles, toutes mieux les unes que les autres sont réunies sous ce titre.














Le film : " Tabu " de Murnau (1931)
Contrairement à l'approche plus réaliste de Jack London, le film démarre avec l'image complètement idéalisée de la vie dans les îles vue par les occidentaux. Mais j'aime aussi cette esthétique fantasmée, ces fictions faites pour offrir des rêves d'exotismes... Le film a quand même été tourné sur place avec des locaux, sur une idée originale de Robert Flaherty, l'un des premiers réalisateurs de documentaire, qui a tourné "Nanouk l'Esquimau" ( à voir aussi ! :-)   

Tabu se trouve sur internet en bonne qualité, même en streaming :
et c'est légal il me semble, puisque Murnau est mort juste avant la sortie du film, il y a 84 ans.
Par ici : https://vimeo.com/15529597








  

jeudi 22 octobre 2015

Peter Pan







Dans deux semaines sort en librairie une nouvelle adaptation du célèbre texte de James Matthew Barrie :






 C'est Maxime Rovère qui traduit et adapte cette histoire pour les éditions Milan.
Un album qui s'ajoute aux autres titres de leur collection de grands classiques.
64 pages, grand format, grand texte, grandes illustrations...
C'est le plus long projet que j'ai fait à ce jour !

On devait déjà à cet auteur la traduction française du texte intégral aux éditions Rivages.
Cette fois, le texte est adapté dans une version plus courte, avec beaucoup de talent.
Réussir à garder tout l'esprit, le style, l'ironie de James Matthew Barrie dans une version écourtée relevait de l'exploit...
Le résultat a dépassé toutes mes attentes ! Je suis vraiment heureuse d'avoir pu illustrer cette adaptation de Maxime Rovère.


Cela faisait plusieurs années que j'avais envie d'illustrer cette histoire. Le personnage de Peter Pan me fascine. Il est aussi culte et symbolique qu'un mythe grec, qu'une légende ancienne. On le croirait issu de plusieurs siècles de tradition de littérature orale, et on ne doit pourtant son existence qu'à un seul homme, un écossais né en 1860.
Ma fascination pour Peter Pan se mélange avec celle que j'ai pour son auteur. Vous connaissez peut-être déjà la vie de James Matthew Barrie, mais si ce n'est pas le cas, je me permets d'en écrire les grandes lignes plus bas, en citant des passages entiers de la préface de Maxime Rovère, ainsi que des lignes écrites par Céline-Albin Faivre (qui a pour sa part traduit plusieurs œuvres de J.M. Barrie et nous en apprend aussi beaucoup sur l'auteur dans ses préfaces).










( Comme j'en ai pris l'habitude, j'accompagne les peintures des crayonnés n&b, et je montrerai plus tard les recherches, Peter a beaucoup changé d'aspect entre les premiers croquis et cette illustration !)

J'ai redécouvert l'histoire de Peter Pan en lisant la pièce de théâtre que Barrie avait écrite dans un premier temps. Avant d'être un roman, l'histoire était pensée et écrite pour être jouée sur les planches. Elle a d’ailleurs été jouée à de très nombreuses reprises avec grand succès. La première représentation eut lieu à Londres en 1904. Cette pièce fait de Barrie, en 15 ans à peine, un auteur mondialement connu. C'est cette version que j'aime plus que tout. L'auteur avait ensuite écrit le roman " Peter et Wendy" ( version la plus connue, qu'on appelle simplement Peter Pan).
Pour écrire le roman, Barrie avait développé l'histoire, ajouté des détails et autres réflexions. Bien que chaque ligne soit savoureuse, je préfère tout de même la version pour le théâtre, à la fois plus brute et plus épurée.
Je voulais à tout prix illustrer la pièce de théâtre, et je pensais commencer à démarcher des éditeurs jeunesse pour proposer le projet, quand j'ai appris que les éditions Milan travaillaient sur une adaptation du roman avec Maxime Rovere.
J'ai littéralement supplié les éditrices de m’offrir ce texte... Et me voilà qui travaillais dessus quelques semaines plus tard. Cette adaptation, en épurant le récit sans en retirer l'esprit se rapproche, selon moi, du texte initial de Barrie pour le théâtre. Exactement ce que je voulais. Comme j'étais gâtée d'avoir un texte qui m'emballe tant, je n'ai pas compté les heures passées sur les dessins et peintures de cet album...


Je trouve d'habitude que c'est trop pompeux de montrer ses propres images en pas à pas. Mais j'ai travaillé pour cette couverture de manière particulière, zone par zone, feuille par feuille, parce que je voulais que les végétaux aient des formes très découpées, tranchantes. Du coup je trouvais sympa, avant de tout remplir, de voir les formes dentelées des pleins et des vides, et le changement d’ambiance que ça fait. (Hum, en fait c'est tout aussi pompeux d'en dire ça... )







Si vous voulez découvrir la version française du texte original de la pièce de théâtre, elle est éditée chez Terre de Brume : http://www.terredebrume.com/librairie-en-ligne/vmchk/Terres-fantastiques/ISBN-2-84362-249-2-Peter-Pan.html
C'est le seul éditeur qui a publié cette version traduite en français. Elle est en rupture, mais normalement très prochainement réimprimée.
(Pour les lyonnais impatients, il y a un exemplaire à la bibliothèque de la Part Dieu...)
Je n'imagine pas la voix de Peter ou le chant des pirates différemment ! J'adore cette adaptation.

Pour l'anecdote :
"En 1921 Charlie Chaplin rendit visite au dramaturge James Matthew Barrie qu'il vénérait. Il lui avoua qu'il regrettait de n'avoir pu être l’interprète à l'écran de Peter Pan." ( F. Rivière)
Je dois dire que moi aussi, je regrette que ça ne soit pas arrivé ! 


James Matthew Barrie
"Le père de Peter Pan est né en 1860, neuvième enfant du tisserand David Barrie et Margaret Ogilvy. Sa modeste famille vivait dans les quartiers populaires du village de Kirriemuir, en Écosse. James en était le troisième garçon. Le frère aimé, David Barrie Junior, portait sur ses épaules les espoirs d'ascension sociale de la famille et une grande partie de l'affection de sa mère.
Hélas, en janvier 1866, quelques jours avant ses quatorze ans, il eut un accident de patinage et mourut brutalement. Le deuil frappa très durement sa mère, mais aussi son jeune frère. James, alors âgé de six ans, raconte avoir tout fait pour compenser cette disparition, allant jusqu'à porter les vêtements du défunt, à imiter son sifflement, jusqu'au point où sa mère, l'entendant rentrer demanda un jour :
"Est-ce toi ?" et Barrie répondit : " Non ce n'est pas lui. Ce n'est que moi." ( citation Maxime Rovère)


Sans vouloir me lancer dans une analyse psychologique à deux sous, il y a déjà selon moi un contexte qui -a posteriori - favorise la création d'un personnage comme Peter Pan.
Peter Pan est un garçon qui s'est arrêté de grandir.
La mort brutale d'un enfant l'empêche de grandir, il garde pour toujours l'âge qu'il avait à sa mort. David aura toujours 13 ans dans la mémoire de sa famille.
La mort est un thème très présent dans l’œuvre Peter Pan. La peur de la mort se mêle avec la peur du temps qui passe, symbolisée de manière évidente avec le crocodile qui a dans son ventre une horloge, dont le "tic-tac" terrifie Crochet au plus haut point, jusqu'à ce qu'il s'y soumette quand il sent que son heure est arrivée. Je trouve aussi que Peter a quelque chose d'un fantôme, figé au même âge dans son pays du Jamais. Dans la pièce de théâtre, il y a une multitude d'indications pour la mise en scène qui sortent parfois de leur rôle purement informatif. L'une d'elles indique que Peter n'a pas de poids, il ne pèse rien.







À l'inverse, les enfants perdus et Peter n'ont pas un rapport conflictuel avec le temps qui passe. Comme tous les enfants, la notion du temps n'est pas encore bien installée. Une éternité ou une semaine, c'est presque pareil. De même, la mémoire est courte, les émotions ne durent pas longtemps et sont vite balayées par de nouvelles aventures. On sent une réelle fascination de l'auteur sur ce comportement infantile : un rapport radicalement différent au temps et à la mémoire, qu'on ne peut plus ressentir à l'âge adulte.
" Contrairement à la rumeur, Barrie n'était pas un enfant éternel et n'aspirait pas à l'être. Ce n'était pas un homme demeuré enfant , un pitoyable petit homme qui n'aurait pas eu la force de surmonter certains traumatismes ou le courage de grandir - un être infantile et irresponsable, en somme. C'est même tout le contraire : Barrie était un homme qui aurait aimé être un enfant, à l'âge où il aurait pu l'être." ( citation Céline-Albin Faivre)


On voit bien dans ses textes et sa biographie une réelle fascination pour l'enfance, le mode de fonctionnement de l'enfant, à la fois imaginatif, spontané et cruel. Le roman de Peter Pan se termine par : " ...aussi longtemps que les enfants seront joyeux, innocents et sans cœur." Une telle fascination vue de l’extérieur n'est pas possible pour quelqu'un qui serait resté un enfant. Mais ce qui est beau avec Barrie, c'est que son regard ironique sur le monde des adultes semble lui aussi venir l'extérieur.
Il faut dire que si Barrie n'est pas un enfant éternel, on ne peut pas parler d'un adulte ordinaire.
Il s'est arrêté de grandir tôt, et a gardé toute sa vie un corps mince et de très petite taille. Son mariage a abouti à un divorce 15 ans plus tard, son ex femme a déclaré que le mariage n'avait jamais été consommé. 
Il serait asexuel et cette particularité évoque quand même un pas de côté par rapport au passage à l'âge adulte.  ( Je dis ça sans aucun jugement hein...)
Encore une fois, au risque de jouer à la psychologue débutante, on peut se demander si un traumatisme, comme la mort de son frère, peut avoir une incidence si forte sur le psychisme au point d'avoir des conséquences physiques. À savoir, la très petite taille (qui n'a rien de génétique) et l'absence de sexualité. Comme s'il s'était refusé le droit de grandir plus que son frère mort juste avant la puberté.
Aïe aïe aïe je sens que je m'emballe un peu avec mes élucubrations...
Quoi qu'il en soit, j'aime cet auteur autant pour son regard juste et fascinant sur l'enfance que pour ses sarcasmes plein d'humour sur les adultes. 
C'est un grand observateur. Peter Pan, les enfants perdus et leurs aventures sont nés de son observation des enfants Davies.
Qui sont les enfants des Davies ?
Trois jeunes garçons, Georges, Jack et Peter, et le petit dernier, encore bébé, Michael. Tous frères.
Barrie n'a pas d'enfant. Lorsqu'il les rencontre dans le parc de Kensington (Londres), il se lie rapidement d'amitié avec eux. Il accompagne leurs jeux, aiguille le fil de leurs aventures imaginaires, tout en se nourrissant de leurs trouvailles, de leurs improvisations sans limite. Les prénoms des enfants vous disent quelque chose ? Ils ont tous été attribués à un personnage de l'histoire de Peter Pan.

De ces jeux nait un petit livre, écrit en 1901 de la main de Barrie et illustré par les photographies prises pendant les jeux, The Boy Castaways.
Il fabrique ce livre en seulement deux exemplaires, un pour lui, l'autre pour l'ainé des enfants, Georges.
On peut voir déjà des éléments qui façonnent les aventures de Peter Pan. Les spécialistes qui connaissaient ces photos pourront s'amuser à repérer les éléments que j'ai repris dans certaines de mes illustrations pour l'album. Je voulais faire un clin d’œil à ces photographies de l'auteur, à la genèse de l'univers qui prend naissance dans des jeux improvisés.


 On a déjà des garçons prêts à en découdre :

Une forêt, une île :

Les bêtes sauvages qui y vivent (le masque du Tigre est porté par Portos, le chien terre-neuve de J.M. Barrie. Ce même chien qui a inspiré le personnage de Nana, la nounou des enfants Darling) : 
La chasse, les combats :
 La fabrication d'une cabane :
 Et bien sur, LES PIRATES, qu'on pend haut et court :

Un GRAND merci à Céline-Albin Faivre, qui, en plus de nous offrir de très belles traductions de nombreuses œuvres de Barrie -jusqu'alors inconnues du public français- tient un site très complet sur l'auteur.
J'ai pu y trouver toutes les photographies de The Boy Castaways , qui m'ont permises de revenir aux sources, et de rendre hommage à mon tour aux enfants Davies.
Voici son site : http://www.sirjmbarrie.com/index.htm

J'ai loin d'avoir fini mon blabla de fascination sur cette histoire mythique et son contexte.
Il me reste à vous parler des autres inspirations de l'auteur, les îles des mers du sud, les pirates, l’Écosse, le roman Le Petit oiseau blanc...
J'en garde un peu pour plus tard...
Bonne soirée chez vous !

lundi 12 octobre 2015

Berceuses Jazz




    Lullaby in Rhythm, Peggy Lee

    Lullaby for Dreamers, Duke Ellington

    Onkel Satchmo's Lullaby, Louis Armstrong & Gabriele  /  Tenderly, Billie Holiday

L'hiver dernier, j'ai participé au projet de livre-cd illustré, dans la collection "éveil musical" chez Gallimard Jeunesse.
Cet album, accompagné d'un disque de compilation de célèbres "lullaby" interprétées par des grands noms du Jazz, a été illustré par 4 dessinatrices : Elsa Fouquier, Clotilde Perrin, Charlotte Roederer et moi-même.
J'aimerais beaucoup faire d'autres albums musicaux, c'est super d'avoir une excuse pour écouter en boucle les mêmes morceaux en dessinant... Et c'était plaisant de faire un livre à plusieurs mains avec des personnes talentueuses comme mes trois collègues !




Ps : Si vous aimez le jazz, et même si vous ne l'aimez pas. Regardez la géniale série " TREME " du réalisateur David Simon.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Treme


Avec une musique pour se mettre dans l'ambiance de la Nouvelle Orléans (je n'ai même pas besoin d'excuse pour l'écouter en boucle) :

My Indian Red - Danny Barker